jeudi 19 avril 2018

Elephant Crocodile Monkey, Barcelone


Il est fort de constater que finalement rares sont les restaurants exotiques à Barcelone où l’on trouve une cuisine vraiment authentique des pays d’origine. Il y a toujours un côté fusion où que cela soit. Japonais, Indien, Thaï, Mexicain, Vénézuélien et j’en passe, il y a toujours quelque chose de non conforme à ce que devrait être certains plats. Souvent on me répond que cela correspond au goûts et attentes de la clientèle et je me demande si simplement, il n’y a pas une simple méconnaissance de certaines cuisines, donc tout est permis face à une clientèle plus en mode découverte que dans d’autres grandes villes européennes. Pour ces probables raisons, les restaurants de type fusion asiatiques commence a éclore un peu partout, et la plupart du temps sont menés non pas forcément par des cuisinier originels de ces pays mais par d’autres nationalités, ce qui n’est pas un problème en soi. Certains établissements à ramen sont gérés par des scandinaves, d’autres asiatiques par des italiens, ainsi de suite.

« Elephant, Crocodile, Monkey » étant l’un d’entre eux. Situé via de les Corts Catalanes, cet établissement fait partie de l’hôtel Casa Bonay. En cuisine, un chef argentin au nom de Estanislao Carenzo qui se trouvait initialement à Madrid et qui arriva à Barcelone en 2016, avec une ouverture en 2017. La cuisine qu’il propose étant inspirée de l’Asie du sud-est, c’est-à dire de plats de divers pays avec un ajout personnel, donc comme précédemment dit, plutôt un concept de cuisine fusion. Un extérieur très engageant avec un grand nombre de bacs à plantes qui confèrent immédiatement au lieu un charme exotique.


L’intérieur est très bien aménagé avec un mobilier moderne en bois, les traditionnels murs de briques ici peints en blanc, un comptoir et quelques pots, plantes vertes ci et là le long des parois.




Un bar donc avec la cuisine sur le derrière.


La carte est plutôt courte avec environ une vingtaine de plats. Les prix sont plutôt élevés pour ce type de cuisine, surtout les plats principaux qui dépassent les 20 euros, mais tout dépend évidemment des quantités et s’il s’agit de plats pour deux personnes ou non. Plats inspirés donc par le Vietnam, la Corée, la Thaïlande, la Malaisie et le Japon. On identifiera certains ingrédients plutôt locaux comme par exemple des viandes de porc ibériques ou méditerranéens, mais aussi des éléments des pays d’Asie. En guise de bienvenue, cela démarre vraiment très bien avec une originale salade de calçots assaisonnée avec une sauce à la saveur bien asiatique et quelques herbes fraiches sur le dessus. C’est plutôt bien dressé et laisse présager un beau niveau de présentation des plats qui suivront.


Pour commencer, des rouleaux de printemps vietnamiens au porc local, boudin et champignons sauvages. Une belle assiette avec deux rouleaux vraiment croustillants et goûteux avec la particularité de sentir la butifarra, le boudin noir catalan. Pas gras ce qui est important, accompagné comme il se doit de salade et d’herbes qui ne sont pas toutes asiatiques (il faut relever que trouver des herbes à Barcelone relève de l’exploit et surtout des herbes asiatiques et en plus vietnamiennes…quasiment impossible). Un peu de basilic méditerranéen, de l’aneth, des lamelles de radis. Une sauce pour tremper les nems et quelques carottes et navets marinés dans une sauce vinaigrée un peu douce.


Plat suivant avec de très bons raviolis chinois au porc et chou chinois avec leur huile pimentée spéciale. C’est à nouveau gourmand, bien cuisinés, des saveurs authentiques et une farce de qualité. On trouvera un peu de feuilles de coriandre, de la ciboulette et du sésame noir.


Premier plat principal qui se partage sans problème car de plus copieux, le porc ibérique tonkatsu avec une sauce BBQ à la pomme et une mayonnaise aux algues hijiki. Plat qui illustre bien le côté fusion, peut-être un peu américanisé ; le porc est absolument fondant en bouche, une panure panko autour, avec sur le dessus de l’oignon fane. On apprécie ce pat avec ce chutney et cette sauce à base d’algues noires et plates. L'hijiki est une sorte d'algue sauvage riche en umami qui pousse le long des côtes du Japon et d'autres pays asiatiques.



Retour a du plus classique avec un curry léger orange avec du maigre et des coques. Un peu d’influences thaïlandaises, un peu méditerranées. Les saveurs restent classiques. Dommage de ne pas trouver du basilic thaï mais classique. On en revient au problème des herbes à Barcelone.


Un bol de riz parfumé avec un peu de sésame noir pour accompagnement.


Il y a aussi une seconde carte pour les desserts, certains plutôt intéressants comme le riz au lait de coco et sorbet de saison. Inspiré par le riz sucré thaïlandais que l’on accompagne généralement de mangue, ici un peu amélioré avec une croute de sucre brulée comme une crème catalane, un sorbet à l’orange sanguine qui est parfait et une sorte de chips sucrée avec un peu d’aneth. Très joli dessert peu courant et original.


Une sélection de vin de qualité ; une découverte avec un Sang de Corb, Lo Vi Fa Sang. Vin élégant de couleur cerise, notes délicates de fruits rouges, des notes de violette et d'épices.


Un repas asiatique plutôt raffiné et gourmand, de jolies assiettes, quelques notes fusion mais finalement assez discrètes et bien pensées, un lieu très aéré et agréable. Une belle adresse si l’on recherche une cuisine réalisée avec de bons produits et qui propose diverses saveurs d’Asie.

mercredi 18 avril 2018

Beer'linale, Barcelone


Cela partait d’un bon sentiment que d’aller visiter un établissement qui se positionne comme un bar à bières dans le quartier du Raval, ouvert le lundi soir et même pendant Pâques, « Beer’linale ». Arcade plutôt sympathique et en plus une restauration probablement simple type tapas et « pub food ».


L’intérieur est étonnement bien rénové et vraiment beau. Belles structures anciennes de briques de chaque côté de la salle principale, spots lumineux bien agencés et un comptoir vraiment superbe avec toute une série de bières à la pression qui ne peuvent que réjouir les amateurs de ce breuvage.



Aliments exposés, assiette de tapas déjà préparées et d’autres mets derrière la vitre de ce comptoir. Comme ce soir c’est pour concilier boisson et nourriture, nous voici en chemin pour rejoindre notre table.           



Le décor est vraiment très bien étudié avec ci et la des bocaux et conserves de légumes, tout inspire confiance et l’on peut s’imaginer que la table si non pas gastronomique sera au moins simplet bonne. Eh bien ce fût très loin d’être le cas… Mais avant ce repas nous continuons notre passage vers les salles du fond.


Une seconde salle encore plus séduisante et parfaite pour de grandes tablées, des dégustations ou simplement un déjeuner rapide dans un cadre original. Dans les murs des bouteilles de bières exposées un peu comme des œuvres d’art.  Ce lieu a vraiment du charme et est l’un des endroits les plus charmants que j’aie vu pour déguster des bières.



Troisième salle toujours dans le même style avec un mélange murs de briques partiellement restaurés ce qui donne une impression d’authentique. Tables plutôt industrielles en bois et métal.



Et tout au fond encore une autre salle mais celle-ci un peu plus calme avec un plafond plus bas et des armoires frigorifiques pleines de diverses bières.


Une fois à table, il est préférable de retourner au bar afin de choisir sa ou ses bières. Plus d’une vingtaine à la pression de diverses régions et pays avec bien sur certaines des micro-brasseries locales.



Pas facile de se faire une idée mais l’ardoise est particulièrement bien documentée avec le nom de la bière, le type, l’origine, le taux d’alcool et les prix pour petite et grande taille. Prix qui varient assez selon l’origine.


On peut aussi manger au comptoir mais comme dans beaucoup d’endroits, plus adapté pour un lunch, des gens seuls ou pressés.

Ayant réservé sur l’un de ces sites de réservation plutôt pratiques, je m’annonce et me vois proposé de diner soit au fond soit ou cela me tente. La carte est tendue et c’est le commencement de la longue lecture.  Ici on ratisse plutôt large avec tout ce que l’on peut s’imaginer, de l’espagnol sous toutes ses formes mais aussi des plats genres américains avec burgers en six variations et autres types de cuisines. La première section de type tapas est d’une longueur impressionnante, comme un « best of » de ce que l’on peut trouver à Barcelone. Pour commencer une tentante omelette espagnole aux pommes de terre et sobrasada de majorque. Plutôt visuellement agréable mais la réalité est un peu autre. On a l’impression de manger un gateau de pommes de terre, pas beaucoup d’œuf donc ce n’est pas très équilibré, c’est surcuit, vraiment mou et pour finir tiède…Je n’ai pas l’impression du tout de manger une omelette espagnole. J’oubliais qu’il faut vraiment chercher pour trouver des morceaux de saucisse.


Après quelques jours de cuisine assez locale ou fusion, l’envie nous prend de prendre des burgers qui sont plutôt ici sophistiqués et tout de même à un certain prix puisque minimum 14 euros. On peut donc s’attendre a quelque chose de soigné. Mais…tout de suite quelque chose me fait un peu peur, c’est ces casiers de tables qui contiennent toutes sauces industrielles que l’on peut s’imaginer, du ketchup à la mayonnaise inclut. Autre surprise, pas de demande de type de cuisson ou alors ils sont tellement bons en cuisine qu'ils connaissent parfaitement comment cuire la viande. Le premier est un hamburger de filet de bœuf (200 gr), jambon ibérique, œuf frit et pain aux graines. Bon…viande archi-cuite, pain industriel absolument quelconque, un bol avec une feuille de salade, une tomate insipide, une lamelle de cornichon, quelques râpures de fromage. C’est vraiment plus que quelconque et à la limite un des plus mauvais burgers mangés depuis bien longtemps.



L’autre est un hamburger spécial au bacon, tomate confite, œuf, oignon caramélisé avec un pain aux graines. Mêmes observations avec un bacon avec pas mal de gras. Les sauces ? Eh bien servez-vous des tubes sur la table… A noter que notre serveur a fini son service et nous salue…




Maintenant, les frites….ou plutôt grosses pommes de terre rôties. C’est simple, elles sont molles, hyper grasses et avec un goût d’huile.


Pour sauver ce désastre culinaire, heureusement il reste les bières avec une excellente Edge Belgian, non filtrée 5.6% et une seconde appelée Ilda’s Town Ros Pils ; toute deux bières de catalogne.

Indéniablement pour une bière, l’adresse est irréprochable avec une très belle sélection. Pour la nourriture, pas difficile de faire mieux qu’ici car l’on dirait de l’assemblage industriel ou de la congélation, donc à éviter. A noter que la nouvelle serveuse n’a même pas enregistré ma venue dans leur système pour glaner quelque points… pas que cela soit un drame mais cela illustre bien le service et la qualité de la cuisine du lieu.

mardi 17 avril 2018

Madame, Barcelone


Le ramen, un peu phénomène de mode et bien présent à Barcelone. Le nombre d’établissements proposant ce type de plat est en expansion et voila pas pourquoi ne pas essayer celui de « Madame » qui se situe dans une série de restaurants de la rue Robador dans le Raval.  Il y a quelques temps de cela, cet établissement s’appelait « Madame Ramen » et la disparition du second mot a peut-être une explication !

Maintenant si l’on s’en tient à ce que l’on est censé y trouver, ce n’est pas toujours facile de comparer les ramen et d’évaluer les restaurants qui en proposent. Il y a quelques critères pour moi qui sont importants comme le bouillon qui doit être bien équilibré, plus une sauce que réellement une soupe. Ensuite les nouilles doivent être de qualité et ne pas devenir molles avec le temps. Il doit être servi brûlant, ce qui n’est pas toujours le cas et pour finir les accompagnements doivent être de qualité et avoir du goût. Ça c’est plus ou moins la base et ensuite ce sont les types de ramen qui doivent être analysés.

Si vous êtes amateur de la Filmoteca et que vous cherchez un endroit pour agréablement manger et pour un bon prix quelques plats asiatiques, voire un peu fusion, c’est peut-être l’endroit. « Madame » propose une série de plats asiatiques dont des ramen mais ce n’est probablement plus le focus actuel, donc le changement de nom. Devanture assez moderne, l’intérieur semble être original dans sa décoration.


Rien qu’à l’entrée vous serez surpris par le décor un peu farfelu qui entoure le distributeur de cigarettes. Et ce n’est qu’une demi-surprise car la décoration est assurée par Antonio Iglesias et la cuisine par Fernando Just Abras. Un style élégant et décontracté qui existe dans plusieurs endroits du quartier entre autres tels que  « La Monroe » , « Robadora »  ou « La Rouge » , tous dans le Raval.


Arrivée dans un grand local où se trouve la salle à manger et la cuisine ouverte. Décoration toujours aussi originale avec chaises et bassines au plafond, objets de brocante parfois asiatiques ci et là.




Sur les murs un certain nombre de gravures et de peintures plutôt originales, quelque chose entre du Andy Warhol, de la peinture naïve et du street art.



Tout est assez bien pensé avec quelques flash plus Asiatiques et même fruits et légumes en guise de décoration.



Bon maintenant lorsque l’on voit la carte, certains pourraient être fort déçus des ramen. Tout simplement parce qu'aucun d’entre eux ne sont vraiment japonais mais plutôt fusion. Un avec du jerez, un autre avec du lait de coco à la Thaïlandaise et deux autres qui sont végétariens ou appelés miso.  Pas de shoyu ni de tonkotsu ici et c’est important de le savoir, puis explique probablement aussi le nouveau nom. Comme c’est aussi la mode de la cuisine hawaïenne, on trouvera également pour les amateurs des poke. Lorsque l’on comprend ces changements, cela fait voir probablement différemment cet établissement.

En entrés cela sera des gyozas plutôt originaux et eux aussi un peu fusion comme ceux appelés « surf & turf », à base de calamars et de poulet. Et c’est vraiment très réussi car la pâte est fine, la farce goûteuse et pas gommeuse ou grasse. Je les ai trouvés vraiment très bons.



Je regrette un peu que la carte fasse mention de ramen car en réalité ce n’est sont pas complètement, certains sont plus des soupes asiatiques genre de celles que l’on trouve en Thaïlande ou d’autres pays,  on dira influencées par le japon en ce qui concerne les ingrédients. Par exemple ce ramen à la thaïlandaise avec du lait de coco, un bouillon de viande, des fruits de mer, des moules, des agrumes, des crevettes et du basilic. Soupe qui me rappelle un peu plus une sorte de tom yum pour la saveur. Je suis un peu emprunté car ce n’est ni tout à fait l’un ou l’autre, quelque chose entre les deux. Cela peut plaire ou non, j’ai trouvé un peu mono-saveur.


L’autre soupe est un ramen soja et jerez, viande de porc, œuf mariné, navet en saumure, feuille de nori, pousse de soja et menthe. La aussi difficile de distinguer les saveurs, car ce n’est ni vraiment du shoyu ou tonkotsu comme déjà mentionné. La finesse du bouillon est un peu écrasée par le goût de l’alcool et lassant à la longue. Dans les deux plats les pâtes « maison » sont bonnes. La garniture est assez classique mais un peu basique. Un oeuf mollet mariné peut-être un peu surcuit, du flanc de porc rôti (chasu), de l’algue, des pousses de soja, un peu d’oignon vert. Ingrédients pas toujours bien dosés comme par exemple trop peu d’oignon. J’aurais apprécié un peu plus d’originalité avec d’autres ingrédients style, gingembre, bambou, shiitake, etc…


L’erreur peut-être à ne pas faire c’est de « penser ramen et tradition ». C’est plutôt une adresse à la mode avec une cuisine asiatique de type fusion, avec des associations peu fréquentes. D’ailleurs ils se qualifient maintenant eux-même de « taverne asiatico-andalouse » !  L'atmosphère de l'endroit est agréable et avec une touche exotique, parfait pour un repas informel, décontracté et rapide, avec des ingrédients frais.

dimanche 15 avril 2018

Big Kokka, Barcelone


Dimanche soir à Barcelone et en plus Pâques, pas facile de dénicher quelque chose d’ouvert et d’intéressant. Pourquoi donc ne pas essayer ce restaurant nikkei qui se trouve dans le quartier du Born/Ribera face au centre culturel. Mais tout d’abord, il faut se rappeler ce qu’est cette cuisine. Il s’agit principalement d’un nouveau courant dans le paysage gastronomique mondial en mêlant les influences japonaises et péruviennes.

Après les migrations espagnoles, chinoises et italiennes, c’est le japon qui est à l’honneur. Le mot « nikkei » est celui donné aux japonais qui ont émigré en Amérique du sud suite à des accords signés en 1897. Le Pérou manque de bras pour cultiver ses terres côtières et développer le chemin de fer. Les gouvernements décident donc de à mettre à disposition les côtes péruviennes aux agriculteurs japonais. Deux ans plus tard, 790 immigrés japonais s’installent au Pérou, suivis de nombreux autres. Les péruviens surnomment alors leurs hôtes les Nikkei et leur cuisine est un mélange de saveurs des deux pays. Associations parfois un peu incongrues mais qui est vraiment très mode en ce moment. D’ailleurs le précurseur à Barcelone qui lança cette mode est incontestablement Albert Adria et son exceptionnelle offre.

Ces japonais s’intéressent alors aux plats emblématiques de la culture « criolla » et l’on trouvera donc des plats qui utilisent comme au Japon du poisson cru. Cependant ces émigrés se mirent a à cuisiner les produits péruviens dans leurs recettes traditionnelles. Ils ont alors remplacé le wasabi par les piments locaux, le vinaigre de riz par les citrons verts. Si l’on prend par example le ceviche, dans la cuisine nikkei, le poisson cru est coupé en cubes puis mariné dans du jus de citron, le tiradito qui est un ceviche sans oignon ni citron est taillé en fines lamelles de poisson et servi complètement cru à la manière d'un sashimi. Dans cette cuisine on retrouve les ingrédients principaux tels que la coriandre, le piment, le citron et l’oignon rouge. Pour résumer nous retrouverons des produits japonais dans des recettes péruviennes ou, à l’inverse, des produits péruviens dans des plats japonais.

Revenons donc à « Big Kokka » qui est la suite logique du bar « Kokka » dans le barrio gotico. Un établissement avec des chefs japonais et péruviens ; Juan Otivo et Kyoko Li. Tout deux ont des références plutôt assez élogieuses comme Astrid & Gastón à Madrid, Asiana Next Door ou Pakta. A relever que Gastón Acurio a récemment ouvert sont « Yakumanka » à Barcelone et que « Pakta » reste une référence incontestée en ville, donc le niveau ici se doit d’être élevé.

Dans l’un des magnifiques bâtiments du Passatge Mercantil, on s’aperçoit à travers les baies vitrées que le lieu est plutôt grand avec une terrasse sur le devant puisque la rue est sans véhicules.


L’intérieur est vraiment magnifique. Un très beau décor qui est vraiment enchanteur qui impressionnera plus d’une personne, lieu idéal entre autres pour un repas galant. Hauts plafonds, un côté un peu baroque, de grands sofas sur lesquels l’on peut s’asseoir pour manger, coussins confortables et quelques lustres assez originaux. Un côté légèrement colonial, une atmosphère assez feutrée et envoutante. Couleurs bleu turquoise, blanc et brun ; tout est parfaitement mis en valeur.




Le bar de l’entrée est tout aussi magnifique avec ses grandes structures vitrées blanches avec une série de bouteilles d’alcools illuminées par derrière. Endroit où l’on peut démarrer sa soirée avec l’un des originaux cocktails de la carte.


Les tables sont vraiment bien organisées, certaines le long des canapés de cuir, d’autres pour deux personnes avec il faut le reconnaître de très confortables fauteuils. Fort appréciable car nombreux sont aujourd’hui les lieux où l’on est mal assis.


Face à la salle, une cuisine partiellement ouverte qui donne sur une série de table peut-être un peu plus moderne avec un côté industriel, selon moi plus adaptées pour un déjeuner.



Maintenant je dois dire d’entrée que je suis un peu étonné de la carte. La partie droite de celle-ci semble être principalement japonaise avec des nigiris, sashimis, futomakis et urumakis, mais avec parfois quelques ingrédients péruviens. Difficile de savoir ce qui est purement japonais de nikkei sans en voir le résultat final. A gauche, des plats au robata, des apéritifs, ceviche et plats au wok. Les prix sont aussi assez élevés comparé à d’autres établissements dans le même registre, on espère que le niveau sera donc élevé. Pour commencer, un ceviche de poissons et fruits de mer, poivron aji et émulsion d’avocat. Pour dix-sept euros, la portion est minuscule, le poisson en quantité réduite, le lait de tigre un peu trop acide et un peu trop de « cancha », ce maïs péruvien.


Ensuite des « causa » de poulpe avec un confit d’olives. On l’appelle généralement « causa rellena » ou « causa a la limeña » (de Lima). « Rellena » signifie « farci » Et causa ? L’histoire nous dit que ce mets est né pendant la Guerre du Pacifique, en 1879, où le Chili a lutté contre le Pérou et la Bolivie. L’armée péruvienne avait tellement de mal à obtenir de la nourriture que les femmes collectaient des pommes de terre et d’autres aliments dans toutes les villes. Ainsi, elles ont créé ce repas qu’elles offraient aux soldats « pour la cause » (de défendre leur territoire). Voilà pourquoi « causa » ! Déjà apprécié dans plusieurs établissement nikkei de Barcelone, ici il n’est comme à l’accoutumée comme une boulette de purée de pommes de terre assaisonnée surmontée d’ingrédients variant les recettes, mais plutôt une petite crème de pommes de terre, de morceaux de poulpes travaillés en tempura, de quelques oignons rouges émincés et d’une chips plantain. On peut aussi s’imaginer que la recette est également inspirée d’une certaine manière par le poulpe à la Galicienne. C’est plutôt réussi et gourmand.


Pour suivre, du crabe mou frit dans une pâte filo avec une émulsion de topinambours. Quelques morceaux sur une ardoise, plutôt bon mais un poil huileux, l’émulsion est plus là pour le visuel qu’une saveur réelle, mais cela reste un joli plat.


En plat principal, des côtelettes de porc ibériques cuites à basse température, accompagnées de pommes de terre douce rôtie et d’une sauce « criolla ». La viande est de qualité, laquée à l’asiatique, l’accompagnement correct. La sauce au piment, aux oignons rouges et au citron vert indispensable pour accompagner de nombreux plats péruviens. C’est assez simple mais bien réalisé.



Pour terminer, un poulet aji, recette traditionnelle péruvienne réinterprétée avec un confit de pommes de terre olluco et échalotes. Un incontournable à connaître et à maitriser ! 


Probablement originaire de cuisiniers français exilés en Amérique après la révolution française, l’ « Aji de Gallina » est le résultat d’échanges culturels, comme la plupart des mets péruviens. Le piment (Aji) donne cette couleur jaune et relève le plat pour une explosion de saveurs en bouche. Sur le côté ces pommes de terre ou plutôt tubercules des Andes aux diverses couleurs jaunes, oranges, rouge et rose. Tranches confites comme d’ailleurs les échalotes à côté. Une fois de plus on pourra se plaindre des quelques morceaux de poulet qui trainent dans l’assiette.

Quelques desserts sur une autre carte plus internationaux que réellement japonais ou péruviens mais tout de même avec quelques ingrédients exotiques. Cela sera un cheesecake au tofu avec un crumble au sésame et de la prune. Rien de particulièrement mémorable.


Un très bon vin blanc du Ribeiro, un Pazo Casanova. Des arômes floraux, du pamplemousse et des notes d'agrumes. En bouche, il présente une belle structure, sincère dans son expression, pleine d'herbes Un vin vif, complété par une agréable minéralité.


Le service fut vraiment plus que quelconque, du personnel pas formé, parfois beaucoup d’attente ou alors tout arrive en même temps, une serveuse pas capable de décrire les plats sur la carte et aucune connaissance de la carte des vins,

Je me souviendrai surement du lieu, de la décoration, de l’architecture et de l’ameublement, mais c’est à peu près tout. Pas que cela ne soit pas correct ce qui soit servi dans l’assiette, mais tenant compte des prix parfois exagérés, d’un peu de la banalité des plats, de la taille des portions et surtout de la comparaison avec d’autres établissements dans le même genre de cuisine, la promesse est loin d’être tenue. Il ne faudra pas me rétorquer que les prix soient élevés parce que les ingrédients sont chers, la plupart des bonnes tables utilisent de bons produits et ne sont pas obligés tout d’abord de forcer à la consommation et de majorer de manière un peu étrange certains plats.

Clairement un établissement qui cible non pas vraiment les foodistes de tout genre mais plutôt une clientèle branchée plus intéressée à se montrer que par son assiette. Tout est parfaitement étudié, une très bonne stratégie marketing, une grande présence sur les réseaux sociaux, mais cela suffira-t-il à la longue ?